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lundi 27 juin 2011

Orgullo de Guate

Incroyable mais vrai, le Guatemala a aussi sa gay pride ce 25 juin! Si l'événement n'attire pas autant de monde que le défilé parisien, c'est déjà une grande victoire pour ce pays latin si conservateur et machiste où l'homosexualité reste cachée et taboue.

La marche commence à la mairie et rejoint le Parque Central, le coeur de la ville! Pas question d'emprunter des chemins isolés et de se cacher aujourd'hui! Enfin il faudra quand même changer d'itinéraire au dernier moment car la grande rue piétonne du centre est fermée pour cause de campagne politique. Les élections se tiendront en septembre...

Drapeaux guatémaltèque et gay côte à côte


"Homo, travesti, hétéro, trans, lesbienne, nous faisons tous partie de la diversité!"

Mi amigo Kisho fait sa thèse sur l'homosexualité dans les communautés indigènes des Hauts plateaux et de la région de Oaxaca. Les travestis sont complètement acceptés dans certains villages, ils adoptent même le style vestimentaire des femmes et ne sont pas rejetés par les leurs, une exception culturelle dans la région! Ils ont même droit à leur festival chaque année avec les "vela muxhe".

Un petit tour sur son blog pour les hispanophones curieux:
http://sexoysignomesoamerica.blogspot.com


Un prêtre moderne devant la cathédrale!

Le défilé se termine sur la place centrale du Guatemala, siège depuis toujours du pouvoir politique et religieux. Les organisateurs interpellent les futurs candidats à l'élection présidentielle afin que leur sort soit pris en compte sans grande illusion. Au-delà d'un débat sur la reconnaissance des unions civiles qui rencontre peu d'écho en Amérique centrale (Costa Rica mis à part), il s'agit surtout de s'indigner contre la violence qui n'épargne pas les gays et les trans au Guatemala.

mercredi 20 octobre 2010

Oh Revolución!

Le 20 octobre est férié au Guatemala pour commémorer la révolution de 1944. Que s'est-il passé exactement il y a 66 ans et pourquoi le pays célèbre avec tant de nostalgie cet événement?

Un mouvement conjoint des étudiants et professeurs de la plus grande université du pays soutenus par les travailleurs renverse le général Ponce qui avait récemment succédé au dictateur Jorge Ubico au pouvoir depuis 32 ans. Un triumvirat est mis en place et convoque une Assemblée générale constituante afin d'organiser des élections libres, les premières du pays. Cette équipe est formée du civil Jorge Toriello et de deux militaires, preuve du soutien des élites à ce mouvement.

Le premier président démocratiquement élu du Guatemala est Juan Arévalo, un intellectuel qui vivait en exil en Argentine. Il effraie les classes dominantes qui le dépeignent comme un pantin de l'URSS. La réalité fut bien différente et sa politique de centre gauche plus réservée. Ce soulèvement du 20 octobre a permis d'amorcer ce que l'on appelle le "printemps" du Guatemala, une décennie marquée par les progrès sociaux et politiques: nouvelle constitution de 1945, création des syndicats, de l'institut de sécurité sociale, du code du travail, réformes dans les secteurs de l'éducation et la santé, construction d'infrastructures routières et portuaires...

Cette parenthèse aujourd'hui glorifiée connaît une fin malheureuse avec le coup d'Etat de 1954 (soutenu par les Etats-Unis) qui mènera le pays sur le chemin d'une guerre civile jusqu'à la fin du XXe siècle. Si le grand voisin américain n'était pas trop gêné par cette révolution de 1944 jugée plutôt "light", l'intensification de la guerre froide et l'élection de Jacobo Arbenz en 1950 changent la donne. Ce nouveau président qui se déclare socialiste commence à s'intéresser à une réforme agraire afin de répartir la terre entre ceux qui la travaillent réellement.

C'est le déclencheur de la "contre révolution" de 1954 appuyée par la CIA et le gouvernement des Etats-Unis. Le Guatemala peut alors redevenir un havre de paix pour les libéraux et les intérêts de l'United Fruit Company, l'entreprise américaine qui exploite le marché de la banane. Le colonel Castillos est placé au pouvoir et s'applique à mener une politique "anticommuniste" pour annuler les principales réformes des gouvernements précédents.

Fresque murale de Diego Rivera "Gloriosa Victoria"
exposée au Palais National du Guatemala en octobre

C'est donc avec nostalgie que les Guatémaltèques et l'Etat célèbrent cette journée révolutionnaire et l'âge d'or qui s'ensuit. Ils se rappellent de cette époque lointaine où leur pays était à l'avant-garde des progrès sociaux en Amérique latine. 36 ans de guerre civile et une violence endémique ont sapé l'optimisme de ce pays centraméricain. Les solutions à sa pauvreté et son sous-développement seraient-elles celles avancées durant cette décennie démocratique? Beaucoup de "progressistes" le pensent et voient une nouvelle révolution comme l'unique moyen de terminer avec cette oligarchie de quelques familles qui contrôlent la destinée du Guatemala.

La fresque de plus près: le pacte entre les gringos et le colonel Castillos

Le problème c'est que le mouvement social n'est pas réellement structuré et manque de soutien populaire. La révolution de 1944 fut d'ailleurs une révolution "par le haut" et la participation des travailleurs n'était pas à l'origine d'un mouvement initié par les élites de l'époque. Une révolution pour répondre aux problèmes du Guatemala? Malheureusement la population est de plus en plus sceptique et de nombreux citoyens pensent qu'un régime autoritaire serait le seul moyen de sortir le pays de l'ornière. Une dictature "mano dura" pour mater la délinquance et affronter le narcotrafic? Les élections générales auront lieu en septembre 2011 et le candidat de droite qui représente cette ligne politique paraît bien placé...

lundi 18 octobre 2010

Tu corazón florece

Dimanche dernier, on est allé dans le centre historique pour assister à un festival organisé en l'honneur d'un artiste assassiné récemment. Lisandro Guarcax était le directeur du centre culturel Sotz'il à Solola (près du lac Atitlan) reconnu pour son travail de sauvetage de la culture maya. A la fois acteur, danseur, musicien et militant, Lisandro dirigeait également une école vers laquelle il se rendait quand il a été enlevé en août dernier avant d'être sauvagement assassiné. Une mort de plus au Guatemala... Mais une mort qui n'est pas passé inaperçue comme tant d'autres et qui a secoué le monde culturel et maya.

Certains de mes amis connaissaient Lisandro et ont participé à l'organisation de ce festival qui lui a rendu hommage lors d'une journée entière en présence de nombreux artistes guatémaltèques et centraméricains. C'était donc important pour nous d'être là pour participer à cette manifestation en espérant que ce cas ne vienne pas gonfler les chiffres ahurissants de l'impunité dans ce pays (pour rappel seuls 2% des crimes sont résolus...).

Comme tous les dimanches, il y a pas mal de monde sur la place centrale.

Huipiles

Tout le monde profite de la musique, même ceux qui travaillent comme cette charmante vendeuse de shampooing!

... ou ces gardes du Palais national

Gigi y sus burbujas

Des épices comestibles

aux vertus multiples!

A 18h, les petits soldats viennent ranger le drapeau

et l'escortent à l'intérieur du palais

Plus d'info sur le centre Sotz'il et Lisandro sur le blog du mouvement Tu corazón florece

vendredi 4 juin 2010

Pacaya + Agatha

Surprise: alors que j'étais tranquillement en vacances au Nicaragua, j'apprends que le Pacaya, le volcan actif proche de la capitale guatémaltèque (où j'étais allé en janvier) est entré en éruption. Cela a provoqué une véritable pluie de sable volcanique qui a recouvert la ville d'une couche noire épaisse. Plus près du volcan, ce sont des roches incandescentes qui sont tombés du ciel et ont frappé les toits de tôle des habitants.

La pluie n'a rien arrangé et a compliqué les travaux de nettoyage de la municipalité... Et comme un malheur n'arrive jamais seul, la première dépression tropicale de la saison, nommée Agatha, a frappé le pays et le Salvador et le Honduras 2 jours seulement après l'éruption du Pacaya. Si la tempête s'est révélée plus faible que prévue, elle a néanmoins été très meurtrière (300 morts dans les 3 Etats) et causé de nombreux dommages matériels (ponts, routes et autres infrastructures, cultures entières de café décimées...).

Le sable volcanique et la tempête ont également forcé l'aéroport à fermer pendant près d'une semaine... Impossible de revenir chez moi, me voilà donc coincé au Nicaragua!

Je parviens à reprendre le premier vol 3 jours après et me rends compte des conséquences de l'éruption... Encore bien visibles dans la Zona 10 où je vis.

La conséquence la plus surprenante est sans aucun doute ce trou géant apparu dans la zone 2 de la capitale. Cette cavité de 30m de profondeur a avalé un immeuble de 3 étages et un carrefour entier sans faire aucune victime. Cet affaissement s'explique par l'intersection de plusieurs canalisations et leur manque d'entretien, il était malheureusement prévisible et n'est pas le premier de ce type dans la capitale...

Gracias a David y Estuardo por sus fotos!

mardi 12 janvier 2010

Qui a tué Rodrigo Rosenberg?


Coup de théâtre au Guatemala... La Commission Internationale Contre l'Impunité au Guatemala (Cicig), qui dépend de l'ONU, a rendu ses conclusions aujourd'hui sur le fameux cas Rosenberg. Pour ceux qui n'ont pas suivi, cet avocat a été assassiné en mai dernier dans la capitale alors qu'il faisait du vélo dans une zone résidentielle. Jusque là rien de très original malheureusement! Mais une vidéo a été divulguée le lendemain de sa mort et Rosenberg accusait directement le président de la République et sa femme de sa disparition... La nouvelle a fait le tour du monde et a mené le pays au bord de l'implosion et du coup d'Etat. Le président Colom a été très affaibli par cette affaire et des manifestations monstres ont réclamé sa démission.

Puis la tension est un peu retombée... La Cicig, reconnue pour son intégrité et son travail de fourmi, s'est chargée de l'enquête. Les auteurs matériels ont été arrêtés en septembre mais on ne savait toujours pas qui était derrière ce meurtre. Cette affaire a de multiples ramifications et est liée à un double assassinat survenu en avril (les Musa: un homme d'affaire et sa fille qui aurait été très proche de Rosenberg) et la corruption d'une banque d'Etat... De quoi faire trembler les puissants apparemment mais aucune preuve des assertions posthumes de l'avocat n'a pu être trouvée...

En décembre, deux frères ont été désignés comme les auteurs intellectuels du crime, cousins de Rosenberg, ils avaient déjà quitté le pays et se seraient réfugiés au Honduras... Et donc ce matin, la Commission de l'ONU a rendu ses conclusions et a surpris tout le monde!



L'auteur de l'assassinat de l'avocat Rosenberg, la pire crise politique des dernières années, aurait été ... l'avocat lui-même! Dans une mise en scène digne des meilleurs polars, Rosenberg aurait planifié sa propre mort pour faire trembler le gouvernement et quitter un monde auquel il ne tenait plus beaucoup. Ce suicide organisé aurait été une solution pour celui qui avait tout perdu (femme, amante) et souhaitait en finir... Le plus incroyable est qu'il aurait fait croire à ses cousins qu'il voulait se payer le service de tueurs à gage pour se débarrasser d'un "extorsionista" sans préciser qu'il était la victime en question! La Commission de l'ONU est arrivée à ses conclusions en recoupant pendant 8 mois des appels téléphoniques, des images de caméra de surveillance et des témoignages. Les menaces de mort de l'avocat provenaient d'un portable qu'il avait acheté, il aurait prévenu les sicaires qu'il allait sortir de chez lui avec son vélo et se serait assis, comme prévu, avant de mourir de plusieurs balles dans le crâne... Autre détail troublant: il avait acheté une tombe pour lui et organisé tous les détails de succession avant sa disparition...

Brrr ça fait froid dans le dos cette histoire! Si plusieurs Guatémaltèques semblent sceptiques face à cette explication du "suicide", les preuves apportées par le magistrat espagnol à la tête de la Cicig parlent d'elles mêmes. Mais si ce volet peut être fermé, il reste à résoudre tous les autres homicides survenus en 2009 (6500 tout de même) et notamment l'assassinat des Musa, étroitement lié à Rosenberg.

Pour plus d'infos: La Prensa Libre, journal de référence au Guatemala fait un résumé de l'affaire, El Pais en parle tout comme le NYT.

Mise à jour: Le Monde se réveille, 2 jours après!

lundi 26 octobre 2009

IMPUNIDAD


Le Guatemala est beau pays comme vous l'avez peut-être déjà vu. Et encore je ne connais pas les plus beaux coins: le marché de Chichicastenango, la côte Caraïbes, la jungle du Petén. Mais le Guatemala, ce ne sont pas que des plages, des volcans et des jolis tissus... C'est un aussi un pays qui est sorti d'une guerre civile de plus de trente ans en 1996 (plus de 200 000 morts) et qui soigne encore ses blessures. Les problèmes sont très nombreux ici (pauvreté, famine, intégration des indiens) et l'Etat semble impuissant face au trafic de drogue et au crime organisé. L'insécurité est omniprésente et fait partie intégrante de notre vie quotidienne sur place. Comme je le disais au début, on limite les déplacements car les agressions à main armée sont malheureusement monnaie courante dans la capitale.

On ne prend pas le bus car il y a des assassinats de chauffeurs de bus presque tous les jours...

Ce n'est pas pour vous effrayer, mais l'Amérique centrale vient d'être désignée comme la région la plus violente du monde en terme d'homicides par habitants selon un rapport du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)... Il y a en effet ici trois fois plus de morts violentes que dans le reste du monde! Au Guatemala, cela atteint les mois fastes une vingtaine de morts par jour et la majorité dans la chère capitale (principalement dans les "zones rouges" où je ne mets pas les pieds je vous rassure). Les causes sont multiples, le Guatemala n'est pas un cas isolé dans la région mais les facteurs sont issus tous réunis pour un cocktail détonnant:

- Pauvreté et inégalités: le Guatemala est un pays très pauvre mais surtout très inégal, un très faible pourcentage des habitants réunit la plupart des richesses du pays. Quelques familles puissantes issues de l'ère coloniale assurent toujours le monopole des principales industries du pays et ont un rôle important dans la politique nationale. Un pays plus pauvre de la région comme le Nicaragua est par exemple plus sûr car, comme m'a dit une Nica, "il n'y a rien à voler chez nous!". D'ailleurs ici à Guate, il y a beaucoup d'agressions dans les zones résidentielles aisées où l'argent se trouve alors que le centre et les marchés populaires me semblent plus sûrs...


- Trafic de drogues et crime organisé: le Guatemala est un point de passage privilégié sur la route de la drogue, frontalier du Mexique et pas très loin de la Colombie. Les frontières poreuses de la région et le manque de contrôle (on a dû insister pour qu'ils nous tamponnent nos passeports en revenant du Salvador) expliquent la diffusion des problèmes. Pour donner un exemple un peu folko, il y a une route qui mène au Pacifique qui sert de piste d'atterrissage pour les petites avionetas chargées de drogue, les narcos la bloquent donc parfois pendant la nuit afin de permettre un atterrissage en douceur. Autant ne pas se déplacer la nuit!


- Impunité: c'est le problème numéro 1 du Guatemala, on estime que seulement 2% des crimes sont résolus... C'est peu! L'impunité est complète et concerne tous les niveaux de la société, surtout les plus élevés. Plusieurs politiques et même d'anciens présidents sont impliqués dans des scandales multiples, des prises d'intérêt, des pots de vin... La liste est trop longue et trop déprimante pour l'évoquer! L'impunité est telle ici qu'une Commission spéciale de l'ONU a été créée en 2007 pour renforcer la justice du pays: la CICIG (Comisión Internacional Contra la Impunidad en Guatemala). Elle est dirigée par un juge espagnol très actif et respecté qui s'efforce d'avoir un impact et d'obliger le pays à se reformer.


C'est la CICIG qui est notamment responsable de l'enquête sur l'assassinat de Rodrigo Rosenberg tué en mai dernier. Ce crime avait provoqué un vrai tollé car cet avocat renommé accusait directement le président de la République et ses proches de sa mort dans une vidéo posthume: Alvaro Colom, candidat de centre gauche élu début 2007 n'est pas ressorti indemne de cette affaire et beaucoup le considèrent déjà comme un "lame duck" (président en fin de mandant dont on n'attend plus grand chose) alors qu'il n'est même pas à mi mandat! Il a perdu beaucoup de crédibilité politique et on attend toujours les résultats de l'enquête. Si les auteurs matériels ont été arrêtés il y a peu, on ne sait toujours pas qui était derrière tout ça et on se demande ici si on le saura un jour...


Autre exemple plus récent de l'impunité de ce pays: le Congrès a procédé il y a peu à l'élection des juges de la Cour Suprême. Une occasion rêvée pour changer le système et élire des juges intègres et indépendants (pour changer). Plusieurs candidats ont été signalés par la société civile et la CICIG pour corruption et liens avec les milieux du crime organisé. Des accusations très détaillées ont été déposées contre 6 d'entre eux qui ont été élus sans un problème par les députés guatémaltèques... Si le fruit est pourri de l'intérieur, difficile de garder espoir... Après une campagne d'opinion très critique (les éditorialistes ont protesté en publiant des éditos vierges avec le seul mot "injusticia"), le Congrès a fini par remplacer 3 des 6 juges critiqués. Une demi victoire donc!

Je ne vous raconte pas tout ça pour vous faire peur, j'espère que j'aurai toujours plein de visites (tu viens toujours Amaïa hein?)! Mais c'est aussi la réalité du pays dans lequel je vis aujourd'hui. Tous ces défis semblent impossibles à relever et la situation ne s'améliore pas vraiment... Mais en même temps, le dynamisme de certaines associations et ONG, la volonté des jeunes d'en terminer avec tout ça donnent un peu d'espoir et laissent penser qu'une Guate buena est possible!


D'ailleurs pour terminer sur une note plus joyeuse, le Guatemala, malgré tous ces problèmes, est l'un des pays les plus "heureux" du monde selon un classement de Happy Planet Index ! Bon je ne sais pas ce que ça vaut vraiment mais le Guatemala est quand même 4e sur 143! Alors qu'il y a 8 pays centraméricains et des Caraïbes dans les 10 premiers, la France ne pointe qu'à la 71e place... Alors heureux?

Mise à jour: Tiens même Le Monde en parle (L'Amérique centrale, région la plus violente au monde selon le PNUD). Ils ont dû faire un tour sur mon blog, c'est sûr!